Comment on vous manipule pour vous faire acheter en ligne

Par Cédric Chabrely ·

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Compte à rebours, prix barré et messages qui pressent : les techniques pour vous faire acheter

Un compte à rebours qui défile. Un prix barré. Un message qui vous presse. Ces petits détails n'ont rien d'innocent : ce sont des leviers, conçus pour vous faire agir vite et réfléchir après. Et une fois qu'on les connaît, ils perdent presque tout leur pouvoir.

Une précision d'abord, parce qu'elle compte. Ces techniques fonctionnent sur tout le monde : sur vous, sur vos enfants, sur moi. Se faire avoir n'est pas une question d'intelligence ni d'âge. C'est une question de mécanique : elles s'adressent à nos émotions, pas à notre raison.

Pourquoi ces techniques fonctionnent

Nos deux façons de réfléchir : l'une rapide et instinctive, l'autre lente et posée

Nous avons deux façons de réfléchir. Une rapide, qui réagit à l'instinct, et une lente, qui prend le temps de peser. Quand une émotion forte arrive — la peur, l'envie, la surprise — c'est la rapide qui prend les commandes. On clique, on paie, et on réfléchit après.

Les personnes qui conçoivent une arnaque, ou même une page de vente un peu trop agressive, le savent très bien. Leur travail consiste à déclencher l'émotion avant que la réflexion n'ait le temps de s'installer. Voici leurs huit leviers préférés.

8 leviers qu'on utilise pour vous faire acheter

Les huit leviers de manipulation utilisés pour pousser à l'achat

1. L'urgence

« Offre valable encore 9 minutes. » Le compte à rebours tourne, et avec lui monte une petite panique : si je ne me décide pas maintenant, je vais rater quelque chose. C'est exactement l'effet recherché. Un vrai vendeur n'a pas besoin que vous décidiez dans les neuf minutes. Il sera encore là demain.

Exemple. Vous cherchez un aspirateur. Sur un site, une bannière annonce « -50 %, l'offre se termine dans 09:42 ». Vous hésitez, vous fermez la page, vous revenez une heure plus tard. Le compte à rebours affiche 09:58. Il n'a jamais été vrai : il redémarre à chaque visite.

2. La rareté

« Plus que 2 en stock. » « 14 personnes regardent cet article. » « Offre réservée aux 100 premiers. » Ce qui est rare paraît précieux, et ce qui est précieux se prend avant les autres. Sauf que sur beaucoup de sites, ces compteurs sont… décoratifs. Ils affichent le même chiffre à tout le monde, tout le temps.

Exemple. Michel réserve un hôtel pour les vacances. « Plus qu'une chambre à ce prix ! 23 personnes consultent cet hôtel en ce moment. » Il réserve en cinq minutes, sans comparer. Le lendemain, par curiosité, il retourne sur la page : la même chambre est toujours disponible, au même prix, et 23 personnes la regardent encore.

3. La peur

« Votre colis va être renvoyé à l'expéditeur. » « Votre compte sera suspendu sous 24 heures. » La peur de perdre quelque chose fait cliquer plus vite que l'espoir d'en gagner. C'est le levier préféré des faux SMS de livraison et des faux emails de banque.

Exemple. Un SMS arrive : « Votre colis n'a pas pu être livré. Régularisez les frais de 1,90 € sous 24 h, sinon il sera renvoyé. » Vous attendez justement un colis. Vous cliquez, vous saisissez votre carte pour 1,90 €. Sauf que ce n'est pas 1,90 € qu'on vient de vous prendre : c'est votre numéro de carte.

Attention. Dans l'immense majorité des cas, un transporteur ne vous réclame pas de frais par un simple SMS contenant un lien de paiement. Il existe de rares exceptions (des frais de douane, par exemple), mais au moindre doute, ne cliquez jamais sur le lien : rendez-vous vous-même sur le site officiel du transporteur, avec son adresse habituelle, pour vérifier.

4. L'autorité

Un logo officiel, un « conseiller bancaire » au téléphone, une célébrité qui recommande un placement dans une vidéo. On fait confiance à ce qui a l'air sérieux. Le problème, c'est qu'un logo se copie en deux minutes, et qu'aujourd'hui une vidéo peut faire dire n'importe quoi à n'importe qui. L'apparence de l'autorité ne prouve rien.

Exemple. Monique reçoit un appel. « Service fraude de votre banque, bonjour. Un paiement suspect vient d'être détecté sur votre compte. Pour le bloquer, il faut me communiquer le code que vous allez recevoir par SMS. » Le ton est professionnel, le numéro affiché ressemble à celui de sa banque. Le code qu'elle donne ne bloque rien : il valide un paiement. Une banque ne vous demande jamais un code par téléphone.

Autre exemple. Une vidéo circule sur les réseaux sociaux : un présentateur télé que tout le monde connaît explique qu'il a placé ses économies dans un produit qui « rapporte 10 % par mois ». Son visage, sa voix, sa façon de parler, tout y est. La vidéo est un montage fabriqué par un logiciel. Il n'a jamais dit cela.

5. La preuve sociale

« Déjà 10 000 clients satisfaits. » Quatre-vingts avis à cinq étoiles, tous publiés la même semaine, tous rédigés dans le même style. Quand tout le monde semble content, on se dit qu'on peut y aller. Or les faux avis s'achètent au kilo, et certains sont désormais écrits par des programmes. Un avis, c'est un indice, pas une garantie.

Exemple. Une boutique en ligne affiche 4,9 étoiles et 2 300 avis. En y regardant de plus près, tous les avis datent des trois dernières semaines, beaucoup ont la même tournure (« Super produit, livraison rapide, je recommande ! »), et aucun ne décrit un article précis. Le site, lui, a été créé il y a un mois.

6. L'appât du gain

Une promotion à -80 %. Un remboursement inattendu qui vous attend. Un cadeau offert, « vous ne payez que les frais de port ». L'envie de faire une bonne affaire fait baisser la garde. Quand une offre est trop belle pour être vraie, c'est qu'elle ne l'est pas.

Exemple. « Félicitations ! Vous avez été tiré au sort et une tablette dernier cri vous attend. Il ne reste que les frais d'envoi : 4,90 €. » On paie 4,90 €, ce n'est rien. La tablette n'arrive jamais. En revanche, un abonnement à 39 € par mois démarre discrètement, caché dans les petites lignes que personne ne lit.

7. La sympathie

Celui-là est le plus difficile à repérer, parce qu'il ne ressemble pas à une arnaque. Une personne chaleureuse, patiente, qui vous appelle par votre prénom, qui prend le temps de discuter. Sur un site de vente entre particuliers, au téléphone, par message. Elle ne vous presse pas : elle crée un lien. Et le jour où elle vous demande un petit service, refuser devient difficile. La gentillesse n'est pas un gage d'honnêteté. C'est parfois un outil.

Exemple. Jeannine met un vélo en vente sur un site entre particuliers. Un acheteur très courtois lui écrit chaque jour, prend de ses nouvelles, la remercie pour sa patience, raconte qu'il cherche un vélo pour sa mère. Au bout d'une semaine, il propose de « faire passer le paiement par un transporteur qui s'occupe de tout » et lui envoie un lien. Sur la page, on demande à Jeannine son numéro de carte pour « recevoir l'argent ». Un vrai paiement n'a jamais besoin de votre carte pour arriver.

8. L'ancrage

199 € barré, 49 € en dessous. Votre cerveau compare 49 à 199 et trouve que c'est une affaire. Mais qui a dit que ce produit valait 199 € ? Personne. Le prix barré sert de repère, et le repère a été choisi pour vous. La bonne question n'est pas « combien j'économise », mais « combien ça vaut vraiment ».

Il existe une version plus subtile de l'ancrage : les trois prix. Vous avez sûrement déjà vu ces pages avec trois formules côte à côte, une petite, une moyenne, une grande. Ce que l'on sait moins, c'est que deux de ces formules sont souvent là uniquement pour vous faire choisir la troisième.

Quand on veut vous vendre la formule du milieu, on l'encadre d'une petite offre volontairement trop pauvre et d'une grande volontairement trop chère. La petite paraît insuffisante, la grande exagérée, et la moyenne devient « le bon compromis ». Elle n'est pas le bon compromis : elle est celle qu'on voulait vous vendre depuis le début.

Quand on veut vous vendre la formule la plus chère, on place juste en dessous une formule moyenne à peine moins chère mais nettement moins fournie. Le pop-corn du cinéma est le cas d'école : petit à 4 €, moyen à 7 €, grand à 7,50 €. Presque tout le monde prend le grand, en se disant qu'il aurait été bête de ne pas ajouter 50 centimes. Le moyen ne se vend jamais. Il n'est pas là pour ça.

Ce n'est pas forcément une arnaque : beaucoup de commerces tout à fait honnêtes présentent leurs offres ainsi, c'est une habitude du métier. Mais le savoir change votre façon de regarder la page. Au lieu de vous demander « laquelle est la plus intéressante ? », demandez-vous « de quoi ai-je réellement besoin ? », et choisissez à partir de là. Vous verrez que ce n'est pas toujours celle vers laquelle la page vous poussait.

Les moments où l'on est le plus vulnérable

Les moments de fatigue ou d'émotion où l'on baisse la garde

Ces leviers fonctionnent d'autant mieux que l'on est fatigué ou préoccupé. Le soir, après une longue journée. Pendant les fêtes, quand il faut trouver les cadeaux. Après un coup dur, un deuil, une maladie. Ou simplement quand un petit-fils insiste pour avoir ce jouet que « tout le monde a ».

Ce n'est pas une faiblesse, c'est humain. Mais c'est bon à savoir : si vous êtes fatigué ou bousculé, ce n'est pas le bon moment pour acheter.

Comment vous protéger : 6 réflexes

Six réflexes simples pour se protéger de la manipulation à l'achat

Avez-vous vraiment besoin de cela ? Posez-vous la question franchement. Et surtout : est-ce vous qui avez eu l'idée d'acheter, ou vous l'a-t-on glissée dans la tête ? Il y a dix minutes, vous ne saviez peut-être même pas que ce produit existait. Si l'envie est arrivée avec la page, elle repartira avec elle.

Toute urgence est un signal. Un compte à rebours, un « dernière chance », un « sous 24 heures » : ce n'est jamais une raison d'agir vite. C'est une raison de ralentir.

Demandez-vous ce qu'on essaie de vous faire ressentir. De la peur ? De l'envie ? De la culpabilité ? Nommer l'émotion suffit souvent à la désamorcer.

Fermez l'onglet et laissez passer une nuit. La nuit porte conseil, et c'est encore plus vrai pour un achat. Un vrai vendeur sera encore là demain, et une vraie promotion aussi, le plus souvent. Si elle a disparu, vous n'avez rien perdu — bien souvent, au réveil, l'envie est partie avec elle.

Parlez-en avant de payer, pas après. Un proche, un voisin, une communauté d'entraide. Décrire l'offre à voix haute à quelqu'un, c'est souvent le moment où l'on entend qu'elle sonne faux.

Douter n'est pas être paranoïaque, c'est être prudent. Vous avez le droit de raccrocher, de ne pas répondre, de ne pas cliquer. Personne d'honnête ne vous en voudra.

Et maintenant ?

La suite : acheter en ligne sans se faire avoir

Vous connaissez les huit leviers. C'est déjà beaucoup : la plupart des pièges perdent leur pouvoir dès qu'on les voit venir.

La suite, c'est le concret : reconnaître un faux site en trente secondes, choisir un moyen de paiement qui vous protège, repérer les abonnements cachés, acheter et vendre entre particuliers sans mauvaise surprise, et savoir quoi faire si, malgré tout, vous vous êtes fait avoir. C'est tout l'objet du module « Acheter en ligne sans se faire avoir » du Grand Guide de la Sécurité Internet, à retrouver dans notre communauté d'entraide.

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